dimanche 23 novembre 2008

Essenine et lui-même


UN GÉNIE ?

Tard dans l’automne de 1921. Nous étions de nouveau tous les deux dans la grande chambre à Bogolovski. On a écarté la table du divan —Sergueï était enrhumé — au fond de la pièce, à l’écart de la fenêtre. On buvait du thé froid, assis à la table.
Je ne me souviens plus aujourd’hui de ce que je sous-entendais par la question :
—Vous vous considérez comme un génie ?
Sergueï Essenine a réfléchi à sa réponse. J’en ai conclu intérieurement : s’il ne se met pas le nier aussitôt, ça signifie que oui.
—Où est-ce que vous voulez en venir ? Vous me prenez pour un idiot fini ? Un génie ? Seule l’Histoire le dira.
Mais au fond il confirmait mes paroles muettes : il s’acclimatait à l’idée de son génie.
Il ne m’appartient pas de déterminer ce que fut le verdict de l’Histoire.

(Nadiejda Volpine, Rendez-vous avec un ami, mémoires, 
extrait traduit du russe par TM)