jeudi 19 novembre 2009
À VOS LARFEUILLES ! C'EST NOEL!! OUBLIEZ PAS LES NÉCESSITEUX!!!
mercredi 18 novembre 2009
Pression atmosphérique
(photos, © Vincent, 2009)
Déclin d'automne
Par Andreï Gritsman
(Vers traduits du russe par TM)
Pourquoi erres-tu ainsi à la lueur nocturne des étoiles ?
Cherchant quoi, éclats, fragments, charognes du déclin automnal
Bientôt l’hiver, et la neige jusqu’aux genoux pour trois jours, traces effacées,
La fumée de l’esprit saint au-dessus d’un foyer fragile et chauffé.
Nos traces sont inaccessibles. Leur reflet plaqué sur l’étoile — depuis longtemps.
Les silhouettes des Bienheureux à sa surface— chercher,
Avec la tempête alors, s’envole la mort barbelée,
Mais en sentinelle pour leur droit, les vaincus serrent les rangs.
Je les contemple à travers le rideau et les nuageux lointains,
À travers huit heures de décalage, des collines orphelines d’Indiens.
Là-bas néant total. Et on cherche d’une main aux doigts crochus
Le lieu où le paysage s’ouvre en deux moitiés nues.
Ainsi va notre vie. Mère aimante, la conscience épuisée
Nous borde dans les hauts fonds de souvenirs reculés.
En dépit du silence, nous ne dormirons plus, nous le savons déjà.
La plaine est détrempée, les neiges ne fondront pas.
© Andreï Gritsman, New-York, 2009
ЧТО ТЫ...
Что ты ходишь ночами под светом звезды?
Ищешь что-то: осколки, обломки, гнилушки в распаде осеннем.
Скоро зима, и снега занесут за три дня по колено, исчезнут следы.
Дым от духа святого над домом, согретом и бренном.
Те следы недоступны. Отраженья давно на звезде.
На нее и смотреть и искать очертанья блаженных.
И тогда отлетает с поземкой колючая смерть,
но стоят в карауле шеренги в правах пораженных.
Я гляжу на них через завесу и даль облаков,
через восемь часов, из индейской безродной долины.
Нету там ничего. Ты шершавой замерзшей рукой
ищешь там, где ландшафт расколот на две половины.
Вот так и живем, и усталая совесть, как мать
мягко стелет к полуночи давнюю, донную память.
Несмотря на затишье, нам уже никогда не уснуть.
И равнина мочит, и снега никогда не растают.
©Андрей Грицман, 2009
mardi 10 novembre 2009
Quartier Chaud-Goun
Koganecho, les cendres du quartier rouge de Yokohama
Sur un tabouret de bar juchée, elle sourit.
Tignasse noire et bouclée,
Epaule nue,
Néglicence étudiée,
Elle tient un fume-cigarette, d’une main élégante et distraite ;
Fluette et joncée, à son cou une morsure.
Son japonais des rues. Ses gerçures. Ses blessures.
Parvus pes, barathrum grande : petit pied, grand trou.
Dose livrée dans une boite d’allumettes.
La proposition qu’elle refusa.
Le jour où il la retrouva sans raison apparente pétillante de grâce, à son désarroi, à lui, jaloux puis honteux.
Incognito en salle obscure :
Assise à cru sur lui,
elle susurre en marquise
accro.
Les deux jours qu’elle passa chez lui, malade.
Son déjeuner, un carré de chocolat noir en hiver. Le bruit de ses talons au petit matin.
Ses rengaines de putain.
Bien souvent sans un rotin.
L’adresse griffonée sur un coin de feuille : Calle 22, Bogota.
Tempéramenteuse et abattue. Il la vit pour la dernière fois le 3 novembre 1971, ne dit pas où.
TÉMOIN TÉNÉBREUX
D. m’avait bien mis en garde. Foujiéda est un témoin de choix, mais un témoin ténébreux. Il s’agit de se faire oublier, et de ne surtout pas le brusquer. Alors peut-être, il consentira à livrer certains souvenirs, certaines anecdotes, à parler de ce Koganecho disparu. Ah, autre chose : le coup de l’étrier, ce ne sera pas avec lui qui a du chameau la sobriété, et rien du singe en hiver. Pour un numéro d’éthylo-tauromachie entre les berlines luxueuses de Minatomiraï, on repassera. Indéridable mais amateur d’apartés grenadiers, lorsque c’est lui qui les commet. Raide de maintien et prenant parfois un drôle d’air baise-cul. Et pourtant m’avait surpris dans la rue la souplesse de sa grande carcasse dont les os semblent menacer percer le vieux cuir ; front étroit, yeux à fleur de tête, petite moustache noire qui s’animent au bout d’un long cou flexible. Foujiéda enchaîne méthodiquement ses mild seven. L’entretien se déroule dans une minuscule nomiya, et dans les bribes d’espagnol qu’il nous reste, à lui et à moi. Jazz de galerie marchande en sourdine, patronne muette essuyant ses verres.
Foujiéda a rapidement sorti la photo de sa sacoche, rendu audacieux par la barrière linguistique. La photo de Jézabel assise sur le tabouret de bar ; sa belle colombienne, grandie au Pérou, qui travailla en maison à Koganecho de 1968 à 1971, date du cliché. Elles étaient alors quelques 500, thailandaises, chinoises, taiwanaises, sud-américaines à officier derrière les devantures rouges des chonomas, ces restaurants factices qui étaient la façade légale des claques en question. 10 000 yens la passe de 30 minutes, en coulisse, souvent dans des chambres de ichi-jo (dimension d’un tatami).
SORTI DES RUINES
Le film de Kurosawa, Tengoku to jigoku, rappelle ce que fut Koganecho : à la fois un quartier réservé plutôt cosmopolite, sorti des ruines pour le soulagement des soldats américains, et un haut lieu du trafic d’héroïne. Il n’en reste pour ainsi dire plus rien, du labyrinthe de ses ruelles malfamées. Trop de camés, de filles mal maquerellées finies au canif, trop de descentes de condés. « Yokohama no Casbah », ainsi Koganecho la rouge était-elle appelée. Table rase d’elle, quasi aussi rase qu’en 45 sous le tapis de bombes. Foujiéda écrase sa énième clope, toujours aussi impassible. A Machida pour se faire une idée des nuits rouges d’ici, alors.
Peu à peu, les anciens bordels maquillés dont il subsiste quelques exemplaires croulants, sont transformés en atelier d’artiste. Le quartier se résidentialise bourgeoisement ; les arcades de la voie ferrée, la Keikyu, abritent désormais des commerces de luxe et d’art. Oui, il en reste, un petit groupe de maisons à un étage, au bord du canal, avec leur auvent rouge où s’affichent des prénoms de filles, généralement celui la mama-san. On les voit encore, regardez bien, ces prénoms qui s’estompent lentement. Megumi, Eri, Princesse Hime. Qu’êtes vous-devenues ?
YOKO SANS ÂME
Et Elle? Foujiéda insiste bien : ces « chongos » comme disait Jezabel dans son argot de Lima, rien à voir avec un gentil boudoir à geishas ; douillets lupanars à loupiottes tamisées, ornés cupidons poudrés, croyez ? Loin de ça. Décor nu. Une couverture jetée sur le tatami ; voilà pour la couleur locale. Pour le reste ? Chrono. Du chiffre, d’abord ; l’impérieuse obligation pour les filles sous contrôle et influence. « Chonoma », pour « chotto no aida » : un instant.De la maison d’abattage ni plus ni moins, donc, un « Charbo » transplanté plein coeur d’un Yoko sans âme.
Foujiéda ne l’a bien sûr jamais revue. Il n’use pas que de mots tendres à son égard. Des mots éructés tout bas. Dans l’argot d’ici, Fujisanien, ou bien dans son jargon à lui, Foujédien. Il range la photo,la ressort. Me fait apprécier la rondité des cuisses sous les guipures des collants résilles, le charnu sous le caraco deviné. Puis nouveau déluge d’invectives, puis silence. Foujiéda se mure. Colère comprimée. « Notre-dame-des-septs-douleurs-en-lames-de-rasoir » est semble-t-il passée par là. Souvenir cuisant. Il aimerait bien savoir, tout de même, Foujiéda, je suis sûr.
Jézabel...
« Ils allèrent pour l’enterrer; mais ils ne trouvèrent d’elle que le crâne, les pieds et les paumes des mains ». 2 Rois 9:30-37
© Clément Bulle, Yokohama, 2009
jeudi 5 novembre 2009
Roman de haine 10
(Sexreporter, notre obsédé d'ami donne prochainement un "concert", avec les maniaques qui "l'accompagnent" au sein du groupe Naz!.
Les cinglés erreurs d'aiguillage ou les neurasthéniques en phase terminale tenant mordicus à y aller à tout prix, liront l'adresse sur cette image navrante qui en dit long sur le groupe, sur le graphiste, ET sur le chanteur de cette formation contre laquelle le ministère de la Santé Mentale ne devrait pas tarder à réagir).
ÉLECTRIQUES AU CREUX DES PAUMES
Je contemplais encore le grouillement des méthyles, mêlée de bras et de jambes déformés presque toujours aux articulations. Le méthyle distendait la constitution noueuse des Sensitifs comme un métal mou. Je suivais les mouvements désarticulés de cette masse semi humaine, dans un flot de grondements stimulés par le contenu des gourdes. Le long des parois — des coups tirés rapides au plus fort de l’ivresse turquoise, fesses râpant le béton incurvé, saccades du théâtre d’ombres. Certains méthyles étaient mieux préservés que d’autres, d’un type paquet de nerfs qui représentait une mutation significative pour les hommes par rapport aux Sensitifs, plutôt trapus, puissants, moindre chez les femmes, si l’on oubliait la suavité légendaire des femmes Sensitives, complètement absente chez les méthyles.
Une de ces bêtes sauvages aux seins à peine dessinés a croisé mon regard, et entrouvert une vareuse sous laquelle frémissait un corps efflanqué mais flexible et nerveux comme une antenne. Ses angles aigus se découpaient dans les lueurs intermittentes de la casemate au rythme d’un vague déhanchement, évoquant — électriques au creux des paumes — les courbes minces de l’orientatrice au corps de marbre parfaitement lisse qui m’avait déniaisé à la demi-pension militaire. Les méthyles déjà hagards, titubants, se mouvaient derrière elle comme un fond d’abjection. Les sourcils et le front tirés à craquer vers les tempes de la femelle méthyle surmontaient un visage zébré de tics obscènes, langue, paupières, pommettes, répercutés en rafale à chaque étage du corps survolté. Elle s’est dépoitraillée, deux seins fermes, intacts, elle approchait de ma bouche la gourde bleue qui tournoyait entre ses doigts …
Les deux loustics gitans l'ont renvoyée dans la fange d'un coup de boutoir au plexus.
©TM, 2009
lundi 2 novembre 2009
EN LIBRAIRIE (OFFICIEL)
dimanche 1 novembre 2009
Roman de haine 9
Les compétitions régulières se déroulaient sur terrain hexagonal comme la carte de notre pays, entouré d’eau et d’adversaires, mais, et c’était une fleur de l’imagination de notre instructeur, les deux équipes se disputaient un crâne humain. Depuis que l’hôpital sponsorisait la demi-pension militaire, à la suite du rapprochement du corps médical et de l’armée, les crânes étaient plus faciles d’accès, et vous saurez fracasser des têtes, maugréait ce con d’instructeur, le jour où on a râlé parce qu’on avait les mains en sang, à force de s’arracher cette saloperie de crâne gelé, dans le crépuscule d’hiver, à 14h 35, par moins neuf. Je vais fracasser la tienne maintenant que je sais, avait craché la brute au crâne rasé à l’instructeur en fin de séance, et l’autre avait avalé l’insulte sans renauder malgré ses lourds poings crispés aux phalanges blanchies, et on a calmé la brute, après. Il risquait gros à l’orphelinat, s’il se mettait à jouer les terreurs comme ça. Entre cadets, on ne se parlait pratiquement pas — c’était du reste interdit la plupart du temps — mais on en savait long. Le rugby militaire nous a un peu détendu. Cependant, on n’échangeait pas grand chose, en dehors des informations vitales. On a fini par défoncer la porte de l’intendance, à la demi-pension, pour piquer des gants de travail. On est tous allé voir l’instructeur, pour l’avertir que s’il se hasardait à baver sur notre compte, on n’empêcherait plus la brute de faire des travaux pratiques, voire on lui donnerait un coup de main. Avec les gants, on a gagné le match, peinards, et l’équipe adverse a fait un raid sur l’intendance la semaine suivante. L’administration, dans l’obligation de punir un nombre important de cadets suite à l’initiative malencontreuse de l’instructeur, a fermé les yeux et fini par donner des gants à tout le monde. Ce con d’instructeur a cessé de nous compliquer la vie avec ses trouvailles. On continuait à s’entretuer sur le terrain pour des crânes, parce que l’instructeur avait une combine avec un département du Service Sanitaire, et faisait passer ça pour du sponsoring sportif — logo du Service Sanitaire tamponné sur les nuques ivoire blanchies par le gel alignées en bout de terrain comme des spectres au ras du sol, on écrasait plus d’un crâne en cours de partie — il nous fallait du rechange.
©TM, 2009
vendredi 30 octobre 2009
ПОЗДРАВЛЯЮ !!!! (Carnet Mondain)

(Andreï Lebedev — docteur ès langues, religions et civilisations, anthologiste de "Городорог "et auteur de "L"acheteur du non-vécu" Скупчик непрожитого — et Vanina, dans un rituel de mariage d'une simplicité rustique, et d'un symbolisme dont les origines se perdent dans les âges.
© photo Anton Kozlov)
Pour mon ami Andreï, ces lignes d'encouragement du grand Muddy Waters:
"I got a rich man's woman, living on a poor man's pay…"
Muddy Waters, I Got a Rich Man's Woman.