
LES FESTIVALS D’OCTOBRE
Andreï Gritsman, organisateur du festival new-yorkais « Interpoezia »
(essai traduit du russe par TM).
C’est particulièrement vrai à notre époque, alors que les poètes russes sont dispersés dans le monde entier : l’étranger proche et lointain. En se retrouvant à l’aéroport, ils échangent des regards de connivences et des paroles-signes maçonniques, des images et des noms n’ayant de sens que pour eux seuls. Au contrôle de la douane, ils présentent toutefois des passeports de différents états, comme autant de métaphores bariolées. Ces états ne soupçonnent pas qu’ils ont affaire aux agents du puissant empire invisible de la langue russe et de sa poésie.
On a besoin de ce genre de rassemblement, comme on a besoin d’air, d’une source de lumière dans l’entropie de la vie contemporaine, aspirant les poètes dans diverses crevasses : perte d’emploi, émigration, divorces — les entraînant dans l’opium doux-amer de nouvelles amours et d’une nouvelle souffrance.
Postacméisme sous-entend la nostalgie d'une culture mondiale, qui ne déferlerait pas du dehors, du lointain, mais de l'intérieur, des vallées de la culture, entourée des collines éclairées à la lueur électronique de l'humanité de n'importe quelle mégapole à l'horizon de l'Europe occidentale. Notre époque est une époque de perdition et de solitude dans l'espace interculturel planétaire, et dans ce cas la poésie devient un moyen unique de communication entre ses zélateurs, qui, de nos jours, n'ont pas forcément la même langue maternelle.
C'est pour cette raison que le festival, c'est une plate-forme poétique pour un temps, pour un round de jeux antiques, non sur les ondes, mais une salle où les participants respirent le même air. C'est un lieu d'échange vivant entre des artistes extraordinairement différents, de compréhension mutuelle des poètes, travaillant dans conditions géographiques, sociales et linguistiques différentes.
C'est ainsi qu'est né notre projet «Poésie interculturelle à New York». Une tentative de mondialisation de la poésie dans la mégapole culturelle où se forment les tendances. Une tentative de trouver un langage commun. Et il se trouve que soudain les poètes se comprennent, écoutent des vers en anglais avec accent, en russe, en traduction, des vers dans les nombreuses langues qu'on parle dans la Babylone contemporaine — New York. Voici une liste fragmentaire de nos hôtes de ces six ou sept dernières années : Paul Maldoun, Vladimir Drouk, Nina Cassian, Thierry Marignac (France), Vasyl Makhno (poète ukrainien), Billy Collins, Katia Kapovitch, Youlia Gougolen et Eric Gamalinda (chef de file de la poésie phillipinne) et beaucoup d'autres. Et, avec le temps, tout ceci s'est cristallisé dans quelque d'unique, de familier, bien connu à New York et au-delà de ses frontières. Cela s'est cristallisé principalement au plan verbal-émotionnel, c'est à dire dans la sphère où vit la poésie. Nos lectures se déroulent dans le restaurant boîte de jazz légendaire «Cornelia Street Café» au cœur de Greenwich Village, où les murs des bâtiments et les bosquets d'arbres recèlent encore des bribes de poèmes, les accods de guitare et de basses des glorieux ancêtres : Bob Dylan, Dylan Thomas, Frank O'Harry, les Talking Heads et tant d'autres et une lueur céleste s'échappe de la boîte de jazz légendaire, caverneuse, et bondée — the Village Vanguard.
La poésie est autonome et n'utilise que le conflit émotionnel obligatoire de l'artiste avec le monde qui l'environne, comme d'un milieu nourricier pour la cristallisation du son dérobé. Mais il est parfois utile et fructueux de comparer des impressions. Notre ère de mondialisation et de mélange est une chance unique de communication pour les poètes de cultures et de pays différents. — par le moyen de la parole directe. Les vers sont une parole directe, quoique métaphorique.
Ici se pose la question de la nécessité inéluctable d'une langue commune — lingua franca. L'anglais est devenu de nos une telle langue commune, l'espagnol, l'arabe, quelques autres, et c'est également le destin du russe. Pour ce dernier — à un degré non négligeable, en raison du long processus de colonisation d'une partie du monde, mais après — à cause du long écroulement de son empire extérieur. Mais il se forma en même temps un autre empire invisible l'empire de la langue et des lettres russes, dont nous sommes les agents, certains joyeusement et volontairement, d'autres tristement et malgré eux, mais irrémédiablement.
La langue russe et sa poésie, vivent et se développent, pendant de l'anglais contemporain, sur des territoires différents, en métropole, à l'étranger proche ou lointain. Par conséquent les festivals, autorisant à rassembler sous un seul toit des poètes et des éditeurs de différents pays, aident à la découverte d'un langage poétique commun.
L'AUTOMNE DES PHARAONS
Les beaux printemps et les étés glorieux ne surviennent qu’un an sur deux. Seul l’automne est toujours bon, si pluvieux soit-il, si déchaînées soient les rafales de vent. L’automne occupe une place particulière dans la poésie russe, et il faut faire attention en abordant ce thème, à ne pas effrayer les ombres des grands ancêtres, qui ont emporté ses images dans la tombe comme les pharaons — les ustensiles domestiques, le froment, l’épouse favorite.
Les rencontres créatives de Moscou sont toujours des manifestations organiques, et ces évènements toujours attendus avec impatience. Le poète est une créature solitaire, bizarre, apparemment cinglée, bruyante, souvent effrontément inadaptée d’une façon mondaine, mais repliée sur elle-même, sa maladie des sommets toujours présente à l’esprit.
Les beaux printemps et les étés glorieux ne surviennent qu’un an sur deux. Seul l’automne est toujours bon, si pluvieux soit-il, si déchaînées soient les rafales de vent. L’automne occupe une place particulière dans la poésie russe, et il faut faire attention en abordant ce thème, à ne pas effrayer les ombres des grands ancêtres, qui ont emporté ses images dans la tombe comme les pharaons — les ustensiles domestiques, le froment, l’épouse favorite.
Les rencontres créatives de Moscou sont toujours des manifestations organiques, et ces évènements toujours attendus avec impatience. Le poète est une créature solitaire, bizarre, apparemment cinglée, bruyante, souvent effrontément inadaptée d’une façon mondaine, mais repliée sur elle-même, sa maladie des sommets toujours présente à l’esprit.
L'OPIUM DOUX-AMER
C’est particulièrement vrai à notre époque, alors que les poètes russes sont dispersés dans le monde entier : l’étranger proche et lointain. En se retrouvant à l’aéroport, ils échangent des regards de connivences et des paroles-signes maçonniques, des images et des noms n’ayant de sens que pour eux seuls. Au contrôle de la douane, ils présentent toutefois des passeports de différents états, comme autant de métaphores bariolées. Ces états ne soupçonnent pas qu’ils ont affaire aux agents du puissant empire invisible de la langue russe et de sa poésie.
On a besoin de ce genre de rassemblement, comme on a besoin d’air, d’une source de lumière dans l’entropie de la vie contemporaine, aspirant les poètes dans diverses crevasses : perte d’emploi, émigration, divorces — les entraînant dans l’opium doux-amer de nouvelles amours et d’une nouvelle souffrance.
POST-ACMÉISME MONDIAL
Il est bon, ne fût-ce qu'un an sur deux, de faire partie d’une foule étrange, parmi laquelle fusent aussitôt les étincelles de reconnaissance du familier : les yeux, les cheveux, un style de vers, un goût proche du sien. Les poètes proches les uns des autres échangent des métaphores, comme nous échangions, dans l’enfance, des timbres de San-Marino ou d’Andorre.
Les précédents festivals moscovites m’ont comblé de cadeaux précieux pour toute une vie : Volodia Salimon et Ira Yermakova (à la soirée de la revue « Октябрь»), Jénia Abdoulaïev. Le festival de Baïkal me donna Tolia Kobenkov (souvenir radieux!), Larissa Chigol, Sacha Radakevitch. Les lectures new-yorkaises et la Biennale de Moscou ensuite, nous ont rapproché de l'incomparable Chamchad Abdoullaïev.
L'éditeur d'une revue est toujours chasseur et prédateur, et les festivals ont ramené à ma revue une pêche d'une grande richesse : Inge Katchalkine, Vitali Naoumenko, Vadim Mouratkhanov, Hélène Lapchine.
Les biennales de Moscou, et surtout le «festival des festivals» comptent aussi parce qu'ils sont une percée du «village global» de l'art dans l'hermétisme du processus littéraire en cours, local, régional et même dans une capitale quelconque. Les mesures et les hiérachies ne sont plus les mêmes, ou plutôt, les hiérarchies s'effacent presque entièrement. Une rupture avec le processus post-moderniste, conceptuel, échange de prix littéraires devenu quasi-confortable — une issue sur le post-acméisme du processus littéraire mondial.
Les précédents festivals moscovites m’ont comblé de cadeaux précieux pour toute une vie : Volodia Salimon et Ira Yermakova (à la soirée de la revue « Октябрь»), Jénia Abdoulaïev. Le festival de Baïkal me donna Tolia Kobenkov (souvenir radieux!), Larissa Chigol, Sacha Radakevitch. Les lectures new-yorkaises et la Biennale de Moscou ensuite, nous ont rapproché de l'incomparable Chamchad Abdoullaïev.
L'éditeur d'une revue est toujours chasseur et prédateur, et les festivals ont ramené à ma revue une pêche d'une grande richesse : Inge Katchalkine, Vitali Naoumenko, Vadim Mouratkhanov, Hélène Lapchine.
Les biennales de Moscou, et surtout le «festival des festivals» comptent aussi parce qu'ils sont une percée du «village global» de l'art dans l'hermétisme du processus littéraire en cours, local, régional et même dans une capitale quelconque. Les mesures et les hiérachies ne sont plus les mêmes, ou plutôt, les hiérarchies s'effacent presque entièrement. Une rupture avec le processus post-moderniste, conceptuel, échange de prix littéraires devenu quasi-confortable — une issue sur le post-acméisme du processus littéraire mondial.
SOLITUDE ET PERDITION
Postacméisme sous-entend la nostalgie d'une culture mondiale, qui ne déferlerait pas du dehors, du lointain, mais de l'intérieur, des vallées de la culture, entourée des collines éclairées à la lueur électronique de l'humanité de n'importe quelle mégapole à l'horizon de l'Europe occidentale. Notre époque est une époque de perdition et de solitude dans l'espace interculturel planétaire, et dans ce cas la poésie devient un moyen unique de communication entre ses zélateurs, qui, de nos jours, n'ont pas forcément la même langue maternelle.
C'est pour cette raison que le festival, c'est une plate-forme poétique pour un temps, pour un round de jeux antiques, non sur les ondes, mais une salle où les participants respirent le même air. C'est un lieu d'échange vivant entre des artistes extraordinairement différents, de compréhension mutuelle des poètes, travaillant dans conditions géographiques, sociales et linguistiques différentes.
C'est ainsi qu'est né notre projet «Poésie interculturelle à New York». Une tentative de mondialisation de la poésie dans la mégapole culturelle où se forment les tendances. Une tentative de trouver un langage commun. Et il se trouve que soudain les poètes se comprennent, écoutent des vers en anglais avec accent, en russe, en traduction, des vers dans les nombreuses langues qu'on parle dans la Babylone contemporaine — New York. Voici une liste fragmentaire de nos hôtes de ces six ou sept dernières années : Paul Maldoun, Vladimir Drouk, Nina Cassian, Thierry Marignac (France), Vasyl Makhno (poète ukrainien), Billy Collins, Katia Kapovitch, Youlia Gougolen et Eric Gamalinda (chef de file de la poésie phillipinne) et beaucoup d'autres. Et, avec le temps, tout ceci s'est cristallisé dans quelque d'unique, de familier, bien connu à New York et au-delà de ses frontières. Cela s'est cristallisé principalement au plan verbal-émotionnel, c'est à dire dans la sphère où vit la poésie. Nos lectures se déroulent dans le restaurant boîte de jazz légendaire «Cornelia Street Café» au cœur de Greenwich Village, où les murs des bâtiments et les bosquets d'arbres recèlent encore des bribes de poèmes, les accods de guitare et de basses des glorieux ancêtres : Bob Dylan, Dylan Thomas, Frank O'Harry, les Talking Heads et tant d'autres et une lueur céleste s'échappe de la boîte de jazz légendaire, caverneuse, et bondée — the Village Vanguard.
UN LANGAGE POÉTIQUE COMMUN
La poésie est autonome et n'utilise que le conflit émotionnel obligatoire de l'artiste avec le monde qui l'environne, comme d'un milieu nourricier pour la cristallisation du son dérobé. Mais il est parfois utile et fructueux de comparer des impressions. Notre ère de mondialisation et de mélange est une chance unique de communication pour les poètes de cultures et de pays différents. — par le moyen de la parole directe. Les vers sont une parole directe, quoique métaphorique.
Ici se pose la question de la nécessité inéluctable d'une langue commune — lingua franca. L'anglais est devenu de nos une telle langue commune, l'espagnol, l'arabe, quelques autres, et c'est également le destin du russe. Pour ce dernier — à un degré non négligeable, en raison du long processus de colonisation d'une partie du monde, mais après — à cause du long écroulement de son empire extérieur. Mais il se forma en même temps un autre empire invisible l'empire de la langue et des lettres russes, dont nous sommes les agents, certains joyeusement et volontairement, d'autres tristement et malgré eux, mais irrémédiablement.
La langue russe et sa poésie, vivent et se développent, pendant de l'anglais contemporain, sur des territoires différents, en métropole, à l'étranger proche ou lointain. Par conséquent les festivals, autorisant à rassembler sous un seul toit des poètes et des éditeurs de différents pays, aident à la découverte d'un langage poétique commun.
Retrouvez Andreï Gritsman (en anglais et en russe) à:
http://www.interpoezia.net
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