
ISLAMABLOG 3
PAR GARY BRECHER
(THE WAR NERD)
(TRADUIT DE L'ANGLAIS PAR TM)
ORIGINAL AU:
(TRADUIT DE L'ANGLAIS PAR TM)
ORIGINAL AU:
http://exiledonline.com/war-nerd-islamablog-day-3/#more-1146
HOTEL FERMÉ POUR RÉNOVATION
Ceci est ma troisième note sur l’explosion du Marriott d’Islamabad. Bon Dieu le nom dit tout : "Marriott d’Islamabad " Deux mots qui ne vont pas très bien ensemble. La ville n’est pas assez grande pour qu’ils coexistent, surtout quand on voit la grosse enseigne du Marriott en lettrage Disney. Vous avez Islamabad d’un côté, et le Mariott de l’autre, mais on peut pas avoir les deux ensemble — en tout cas, pas pour très longtemps.
C’est le thème d’une théorie avancée sur Internet sur la raison de l’attentat : « Un symbole de l’influence occidentale » sous le nez des Al Quaîda/Talibans. Mais il circule tout un tas de théories sur le net. C’est une des leçons d’aujourd’hui pour le fan de guerre, version 21ème siècle : un ordinateur devient un gros vecteur du « brouillard de la guerre » dont parlent les types comme Keegan. Moi je suis pas tellement fan de ce genre de brouillard parce que tout un chacun doué de bon sens sait que la guerre est déjà en soi une affaire chaotique et imprévisible ; et comme théorie en soi, elle ne sert qu’à une chose, c’est donner un prétexte aux commentateurs pour se débiner quand leurs propres troupes flinguent des villageois. Mais pour un vrai fan de guerre, C’est le troisième jour après un événement important qu’on obtient l’effet brouillard.
C’est la partie délicate.
Hier, par exemple, j’ai reçu un tuyau très intéressant d’un fan indien , qui disait que tout le monde dans le sous-continent sait qu’une explosion faite avec des explosifs de haute qualité porte la marque de fabrique de l’ISI, les services secrets du Pakistan. J’ai vérifié, et bien entendu il traîne quelques histoires sur des agents de l’ISI pris la main dans le sac de RDX , leur explosif favori.
Bon, voilà un enseignement pour le fan de guerre : quand on accède trop facilement à une information de qualité comme celle-là dans un conflit où l’on fait beaucoup de relations publiques des deux côtés, il faut se garder de perdre la tête. Il vaut mieux se demander si on n’a pas obtenu l’info TROP facilement. Voici ce que j’entends par là : il me semble que les agents secrets indiens sont désireux de coller tout le plastique trouvé de Lahore à Assam sur le dos de l’ISI. Bien sûr, c’est peut-être vrai. Ces sont des salauds très méchants, aucun doute. Mais il faut garder son sang-froid et mépriser froidement toutes les parties en présence, comme un flic.
PÂTE À MODELER
Après avoir fouiné un moment, je suis enclin à croire que même si cette info vient des services secrets indiens, elle fiable : l’ISI est connue pour livrer ce genre de pâte à modeler à ses petits amis du Kashmir, d’Assam, et de toutes les régions d’Inde où on a envie de faire sauter quelques dignitaires.
Et l’ISI a des raisons de s’énerver en ce moment, au Pakistan. Le nouveau Premier Ministre, Zardari, tombe à bras raccourcis sur les mandataires de l’ISI au Waziristan, y compris les chefs talibans qui ont tué sa femme. Vous vous souvenez de l’assassinat de Benazir Bhutto. Ça reste en mémoire comme le mensonge officiel le plus bête de l’Histoire : Les Pakistanais des services de sécurité ont dit qu’elle était morte d’avoir cogné la tête sur la portière de voiture. Sérieux : « Ce tireur embusqué n’a rien à voir là-dedans ! C’est cette horrible porte de 4x4 qui a tué cette pauvre femme ! » Ma foi peut-être. Avec l'aide d'un flingueur taliban. Ou trois.
Zardari a donc des raisons de haïr les talibans et les talibans sont en sous-main l’aile armée de l’ISI. Une armée par procuration est quelque chose de très commode. L’ISI peut se servir du Waziristan, perdu à la frontière de l’Afghanistan, comme les Syriens se servent de la Bekaa, comme camp d’été pour les insurgés qu’ils sponsorisent. L’ISI entraîne ses groupes kashmiris préférés ainsi que leurs marionnettes en Afghanistan.
Quand je dis que Zardari a des raisons de les haïr, je veux pas dire parce qu’ils ont tué sa femme. Il faut oublier l’idée que les dirigeants sont attachés intimement à qui que ce soit d’autre en dehors d’eux-mêmes et leurs tribus. Zardari s’appelle comme ça parce que c’est le chef du clan des Zardari, comme les clans écossais s’appelaient les Mac-ceci ou les Mac-cela. La querelle est ici tribale et non privée. Peut-être que lui et feu Benazir s’aimaient bien. Je ne sais pas, j’en doute, mais qui sait . C’était un mariage dynastique, comme en Europe d’autrefois. C’était pas une comédie romantique. (Ça c’est une idée marrante, une comédie romantique dans les élites pakistanaises. Je peux peut-être vendre ce script-là).
TAXIS
Zardari a promis d’arrêter les terroristes et un journaliste crédule croit que c’est à cause de ça que les talibans Al Quaîda ont attaqué Islamabad. Mais les mecs, tous les dirigeants pakis ont toujours dit ça pour que l’aide américaine continue à déferler et tous les chauffeurs de taxis du Pakistan rigolent quand cette annonce est faite à la radio entre des morceaux de musique Bollywood. Ça ne veut rien dire. Zardari tient un double langage, il a aussi dit que les Pakistanais combattraient les troupes US qui passaient la frontière à la poursuite des talibans. Ça c’était pour ses compatriotes, par contre.
Ni l’une, ni l’autre de ces réflexions n’ont la moindre signification.
Ce qui en a peut-être une c’est que selon les rumeurs les dirigeants pakis devaient au départ se réunir au Marriott la nuit de l’attentat. Elles sont devenues si insistantes que le siège de Marriott a dû démentir.
Et si vous suivez les actualités avec attention vous savez qu’un démenti officiel est une des preuves les plus solides sur le marché. Alors on dirait que, ouais, la nouvelle clique de Zardari allait dîner à l’hôtel, avant de prendre peur et de déplacer tout ça au palais. Et nous y revoilà avec notre triste petit kamikaze et sa bombe, obligé de se résigner à du deuxième choix, en tenue de combat avec rien à faire sauter sauf quelques huiles de la CIA. Vous voyez, depuis le début, je savais bien qu’AL Q pouvait pas être assez con pour viser la CIA. Ils étaient forcément après un gibier plus gros.
L’OREILLER DE SALADIN
Alors si c’était bien Zardari la cible, c’est qu’Al Q pensait qu’il allait agir contre ses amis de l’ISI, parce que l’ISI leur avait passé le mot, et ils ont décidé de s’en débarrasser avant qu’il prenne trop ses aises. Le dîner a été déplacé, et qu’est-ce qui s’est passé après ? C’est un instant très intéressant : vous êtes un officiel de l’ISI et vous venez de vous apercevoir que la réception se déroule finalement au Palais. Pendant ce temps-là vos agents talibans envoient un kamikaze jihadiste (quel nom pour un groupe de rock) au Marriott. Est-ce que vous annulez ? Apparemment non, à en juger par la taille du cratère devant l’hôtel.
Et pourquoi pas ? Eh bien le terrorisme consiste pas toujours à tuer un ou des ennemis. Au Pakistan on se sert des bombes pour faire passer un message. Donc même si le Premier Ministre était pas au Marriott, l’idée qu’il devait y être, qu’il aurait pu se retrouver éparpillé au centre du cratère, peut avoir un puissant effet « dissuasif ». Il réfléchira à deux fois.
On raconte que Saladin était sur le point de commencer une campagne pour nettoyer les cavernes où s’abritait la secte Ismaelienne des Assassins. Puis il s’est réveillé et un couteau était planté près de sa tête avec un mot : « Cher Monsieur Saladin, veuillez s’il vous plait reconsidérer vos projets de campagne contre nous, signé, vos amis les Assassins ». La campagne avait été annulée sur-le-champ.
C’est mon hypothèse sur ce qui les a poussé à faire l’attentat malgré tout, même si Zardari était pas au Marriott, c’est l’idée qui compte. La bombe c’était le couteau dans l’oreiller de Saladin.
Mais tout ça, dit-on, peut changer. J’en suis à mi-chemin du tri des infos. Dans une colonne War Nerd normale, je vous épargnerais ces peut-être mais c’est le but des Islamablog, montrer la démarche au travail comme avait dit un animateur de séminaire, dans mon bureau. Je ne sais pas ce qu’il voulait dire, personne n’écoutait, mais je suis prêt à tout essayer au moins une fois.
NOTE DE LA RÉDACTION : Gary Brecher, plus connu sous le pseudo de « The War Nerd », (le binoclard fan de guerre), est un personnage mythique de la rédaction d’eXile. Habitant de Fresno, obèse et accro au Coca light, il connaît tous les conflits par cœur depuis la Guerre du Feu. Passionné par son sujet, il est perpétuellement à la recherche de nouvelles informations ; fin analyste, il avait prévu la victoire du Hezbollah, avant la guerre de 2006. Ses chroniques à feu et à sang (De Stalingrad aux Tigres Tamoul) sont rassemblées dans un volume en anglais, intitulé The War Nerd disponible au lien ci dessus. Lecture recommandée aux amateurs de stratégie militaire et d’humour macabre.
HOTEL FERMÉ POUR RÉNOVATION
Ceci est ma troisième note sur l’explosion du Marriott d’Islamabad. Bon Dieu le nom dit tout : "Marriott d’Islamabad " Deux mots qui ne vont pas très bien ensemble. La ville n’est pas assez grande pour qu’ils coexistent, surtout quand on voit la grosse enseigne du Marriott en lettrage Disney. Vous avez Islamabad d’un côté, et le Mariott de l’autre, mais on peut pas avoir les deux ensemble — en tout cas, pas pour très longtemps.
C’est le thème d’une théorie avancée sur Internet sur la raison de l’attentat : « Un symbole de l’influence occidentale » sous le nez des Al Quaîda/Talibans. Mais il circule tout un tas de théories sur le net. C’est une des leçons d’aujourd’hui pour le fan de guerre, version 21ème siècle : un ordinateur devient un gros vecteur du « brouillard de la guerre » dont parlent les types comme Keegan. Moi je suis pas tellement fan de ce genre de brouillard parce que tout un chacun doué de bon sens sait que la guerre est déjà en soi une affaire chaotique et imprévisible ; et comme théorie en soi, elle ne sert qu’à une chose, c’est donner un prétexte aux commentateurs pour se débiner quand leurs propres troupes flinguent des villageois. Mais pour un vrai fan de guerre, C’est le troisième jour après un événement important qu’on obtient l’effet brouillard.
C’est la partie délicate.
Hier, par exemple, j’ai reçu un tuyau très intéressant d’un fan indien , qui disait que tout le monde dans le sous-continent sait qu’une explosion faite avec des explosifs de haute qualité porte la marque de fabrique de l’ISI, les services secrets du Pakistan. J’ai vérifié, et bien entendu il traîne quelques histoires sur des agents de l’ISI pris la main dans le sac de RDX , leur explosif favori.
Bon, voilà un enseignement pour le fan de guerre : quand on accède trop facilement à une information de qualité comme celle-là dans un conflit où l’on fait beaucoup de relations publiques des deux côtés, il faut se garder de perdre la tête. Il vaut mieux se demander si on n’a pas obtenu l’info TROP facilement. Voici ce que j’entends par là : il me semble que les agents secrets indiens sont désireux de coller tout le plastique trouvé de Lahore à Assam sur le dos de l’ISI. Bien sûr, c’est peut-être vrai. Ces sont des salauds très méchants, aucun doute. Mais il faut garder son sang-froid et mépriser froidement toutes les parties en présence, comme un flic.
PÂTE À MODELER
Après avoir fouiné un moment, je suis enclin à croire que même si cette info vient des services secrets indiens, elle fiable : l’ISI est connue pour livrer ce genre de pâte à modeler à ses petits amis du Kashmir, d’Assam, et de toutes les régions d’Inde où on a envie de faire sauter quelques dignitaires.
Et l’ISI a des raisons de s’énerver en ce moment, au Pakistan. Le nouveau Premier Ministre, Zardari, tombe à bras raccourcis sur les mandataires de l’ISI au Waziristan, y compris les chefs talibans qui ont tué sa femme. Vous vous souvenez de l’assassinat de Benazir Bhutto. Ça reste en mémoire comme le mensonge officiel le plus bête de l’Histoire : Les Pakistanais des services de sécurité ont dit qu’elle était morte d’avoir cogné la tête sur la portière de voiture. Sérieux : « Ce tireur embusqué n’a rien à voir là-dedans ! C’est cette horrible porte de 4x4 qui a tué cette pauvre femme ! » Ma foi peut-être. Avec l'aide d'un flingueur taliban. Ou trois.
Zardari a donc des raisons de haïr les talibans et les talibans sont en sous-main l’aile armée de l’ISI. Une armée par procuration est quelque chose de très commode. L’ISI peut se servir du Waziristan, perdu à la frontière de l’Afghanistan, comme les Syriens se servent de la Bekaa, comme camp d’été pour les insurgés qu’ils sponsorisent. L’ISI entraîne ses groupes kashmiris préférés ainsi que leurs marionnettes en Afghanistan.
Quand je dis que Zardari a des raisons de les haïr, je veux pas dire parce qu’ils ont tué sa femme. Il faut oublier l’idée que les dirigeants sont attachés intimement à qui que ce soit d’autre en dehors d’eux-mêmes et leurs tribus. Zardari s’appelle comme ça parce que c’est le chef du clan des Zardari, comme les clans écossais s’appelaient les Mac-ceci ou les Mac-cela. La querelle est ici tribale et non privée. Peut-être que lui et feu Benazir s’aimaient bien. Je ne sais pas, j’en doute, mais qui sait . C’était un mariage dynastique, comme en Europe d’autrefois. C’était pas une comédie romantique. (Ça c’est une idée marrante, une comédie romantique dans les élites pakistanaises. Je peux peut-être vendre ce script-là).
TAXIS
Zardari a promis d’arrêter les terroristes et un journaliste crédule croit que c’est à cause de ça que les talibans Al Quaîda ont attaqué Islamabad. Mais les mecs, tous les dirigeants pakis ont toujours dit ça pour que l’aide américaine continue à déferler et tous les chauffeurs de taxis du Pakistan rigolent quand cette annonce est faite à la radio entre des morceaux de musique Bollywood. Ça ne veut rien dire. Zardari tient un double langage, il a aussi dit que les Pakistanais combattraient les troupes US qui passaient la frontière à la poursuite des talibans. Ça c’était pour ses compatriotes, par contre.
Ni l’une, ni l’autre de ces réflexions n’ont la moindre signification.
Ce qui en a peut-être une c’est que selon les rumeurs les dirigeants pakis devaient au départ se réunir au Marriott la nuit de l’attentat. Elles sont devenues si insistantes que le siège de Marriott a dû démentir.
Et si vous suivez les actualités avec attention vous savez qu’un démenti officiel est une des preuves les plus solides sur le marché. Alors on dirait que, ouais, la nouvelle clique de Zardari allait dîner à l’hôtel, avant de prendre peur et de déplacer tout ça au palais. Et nous y revoilà avec notre triste petit kamikaze et sa bombe, obligé de se résigner à du deuxième choix, en tenue de combat avec rien à faire sauter sauf quelques huiles de la CIA. Vous voyez, depuis le début, je savais bien qu’AL Q pouvait pas être assez con pour viser la CIA. Ils étaient forcément après un gibier plus gros.
L’OREILLER DE SALADIN
Alors si c’était bien Zardari la cible, c’est qu’Al Q pensait qu’il allait agir contre ses amis de l’ISI, parce que l’ISI leur avait passé le mot, et ils ont décidé de s’en débarrasser avant qu’il prenne trop ses aises. Le dîner a été déplacé, et qu’est-ce qui s’est passé après ? C’est un instant très intéressant : vous êtes un officiel de l’ISI et vous venez de vous apercevoir que la réception se déroule finalement au Palais. Pendant ce temps-là vos agents talibans envoient un kamikaze jihadiste (quel nom pour un groupe de rock) au Marriott. Est-ce que vous annulez ? Apparemment non, à en juger par la taille du cratère devant l’hôtel.
Et pourquoi pas ? Eh bien le terrorisme consiste pas toujours à tuer un ou des ennemis. Au Pakistan on se sert des bombes pour faire passer un message. Donc même si le Premier Ministre était pas au Marriott, l’idée qu’il devait y être, qu’il aurait pu se retrouver éparpillé au centre du cratère, peut avoir un puissant effet « dissuasif ». Il réfléchira à deux fois.
On raconte que Saladin était sur le point de commencer une campagne pour nettoyer les cavernes où s’abritait la secte Ismaelienne des Assassins. Puis il s’est réveillé et un couteau était planté près de sa tête avec un mot : « Cher Monsieur Saladin, veuillez s’il vous plait reconsidérer vos projets de campagne contre nous, signé, vos amis les Assassins ». La campagne avait été annulée sur-le-champ.
C’est mon hypothèse sur ce qui les a poussé à faire l’attentat malgré tout, même si Zardari était pas au Marriott, c’est l’idée qui compte. La bombe c’était le couteau dans l’oreiller de Saladin.
Mais tout ça, dit-on, peut changer. J’en suis à mi-chemin du tri des infos. Dans une colonne War Nerd normale, je vous épargnerais ces peut-être mais c’est le but des Islamablog, montrer la démarche au travail comme avait dit un animateur de séminaire, dans mon bureau. Je ne sais pas ce qu’il voulait dire, personne n’écoutait, mais je suis prêt à tout essayer au moins une fois.
NOTE DE LA RÉDACTION : Gary Brecher, plus connu sous le pseudo de « The War Nerd », (le binoclard fan de guerre), est un personnage mythique de la rédaction d’eXile. Habitant de Fresno, obèse et accro au Coca light, il connaît tous les conflits par cœur depuis la Guerre du Feu. Passionné par son sujet, il est perpétuellement à la recherche de nouvelles informations ; fin analyste, il avait prévu la victoire du Hezbollah, avant la guerre de 2006. Ses chroniques à feu et à sang (De Stalingrad aux Tigres Tamoul) sont rassemblées dans un volume en anglais, intitulé The War Nerd disponible au lien ci dessus. Lecture recommandée aux amateurs de stratégie militaire et d’humour macabre.









