vendredi 28 novembre 2008

SECTIONS SUICIDE


BOMBAY : LE PAKISTAN EXPORTE SES MATIÈRES PREMIÈRES

Par THE WAR NERD, alias Gary Brecher
Original au :
http//exiledonline.com/mumbai-exporting-pakistans-resources/#more-2081

( Traduit de l'anglais par TM)


T
HANKSGIVING

Je ne m’attendais certes pas à passer la matinée de Thanksgiving à boire du café soluble et passer de CNN à la BBC. Mais les attaques sur Bombay sont si énormes et comme ils disent « insolentes » que je me suis couché tard et levé tôt.
À l’heure qu’il est on connaît toutes les infos esentielles : des terroristes islamistes ont déferlé sur les quartiers riches et touristiques de Bombay, se sont emparés de deux hôtels et ont ouvert le feu à la gare centrale. Ils se sont aussi emparé de plusieurs bâtiments, bien que je ne sois pas encore en possession de chiffres exacts : certains journalistes parlent de 17 attaques, d’autres de 10.
Ce qui est clair c’est qu’il s’agissait d’une entreprise exigeant une grosse main-d’œuvre. En principe on cherche à épargner son personnel le plus possible, en terrorisme, mais quelqu’un en rapport avec Al Qaïda ou son fan club pakistanais a décidé de sacrifier beaucoup de vies sur ce coup-là. C’est ce qui rend ces attaques intéressantes si on les examine d’un œil froid.
Imaginez que vous êtes une huile d’Al Qaïda en train de se demander comment profiter au maximum de ses ressources. Jusqu’à présent la solution c’était la bombe, la plupart du temps. Parce que les bombes peuvent être posées par quelques hommes valeureux, et s’il règlent le détonateur correctement et gardent profil bas, ils ont une bonne chance de s’en sortir pour pouvoir reposer des bombes un autre jour. Dans la mesure où il n’est pas facile de trouver des hommes valeureux, et encore moins des hommes valeureux prêts à risquer de se faire arracher les ongles dans le sous-sol d’un service de police, c’est la démarche de la plupart des mouvements terroristes.

VIES HUMAINES

Pas cette fois. Si ces mecs ont envoyé des hommes sur dix objectifs différents à Bombay, ils dépensent beaucoup de vies humaines. Il leur faut supposer que ces hommes ne reviendront pas. La moitié environ d’entre eux vont mourir, et le reste va être sérieusement passé à la question, avant de se faire abattre lors « d’une tentative d’évasion », ou de se faire jeter dans une oubliette obscure, en admettant qu'ils aient vraiment un bol de cocu.
Imaginons qu’ils aient envoyé dix hommes par objectif. Il faut le nombre pour mener ce genre d’assaut frontal dans une ville où la police est massivement présente, ça paraît être un chiffre plausible. Et même si leur nombre se révèle inférieur à celui-ci, ça fait 70 vies en un seul assaut. Pas le genre de truc qui réjouit particulièrement votre directeur des Ressources Humaines.
Mais en fait, ça se réduit finalement aux forces à l’œuvre sur le marché, et en ce sens, ça tient parfaitement debout. L’offre et la demande. Offre : il semble que les assaillants soient venus du Pakistan par bateau. L’offre en jeunes pakistanais pas très futés, démangés de la gâchette et impatients de se sacrifier est à peu près illimitée. Grâce au financement de la CIA, de l'ISI et des Saoudiens, il existe maintenant près de 4000 Madrassas, académies du martyre, au Pakistan. Ce sont les seules MJC qu’on trouve là-bas, et ils font des heures supplémentaires pour convaincre les jeunes idiots impatients du pays que se porter volontaire pour une mission-suicide, c’est comme gagner une croisière à la loterie. En l’occurrence, s’ils sont venus par la mer, c’était bien le cas.


LE TERRORISTE IDÉAL

La qualité de cette main-d’œuvre, ça c’est autre chose. Quel est le prix de la vie de cette chair à canon pour le mouvement ? Ça dépend de beaucoup de facteurs. Si vous étiez le directeur Ressources Humaines d’Al Qaïda et qu’il était question de faire le portrait robot de la recrue idéale, il parlerait l’anglais ou l’américain sans accent ; il serait blanc ou extrême-oriental ; il saurait s’adapter au mode de vie yuppie / urbain n’importe où en Occident ; il aurait la tête froide, serait capable de sourire comme un vendeur d’automobile et de parler de sport ; et sous cette carapace, il serait parfaitement maître de lui-même, armé d’un dévouement Terminator à la cause et d’une indifférence totale pour les séductions du monde diabolique que vous l’avez envoyé infiltrer.
Mais quand on regarde les recrues des madrassas pakistanaises, on voit que ces puceaux sont très loin des objectifs. La plupart d’entre eux sont des mômes venus des taudis ou des villages qui aiment la bouffe gratuite et l’idée de tirer les gens comme des lapins, les deux choses qui plaisent spontanément aux ados. Il sont d’accord pour appuyer sur la gâchette et assez abrutis pour se porter volontaire ; c’est à peu près tout ce qu’on peut dire en leur faveur. Tous les mômes sont prêts, ça ne signifie pas qu’ils soient efficaces. Ils ne savent pas se fondre dans l’univers des aéroports, ni celui des affaires ; ils ne parlent pas l’anglais ou alors le genre de baragouin enturbanné qui fait sonner les signaux d’alarme dans tous les postes frontières du monde. Ils ont l’air pakistanais, et pas le genre Pakistanais de l’élite au teint clair, de haute taille, comme la vedette de l’équipe de cricket. Ils ont encore sous les ongles la boue des labours.
En d’autres termes, voici vos ressources humaines, et elles sont d’une valeur limitée. Vous n’en ferez jamais des James Al-Bond, infiltrant le FBI et Wall Street. Ils sont aussi bornés que des briques. Mais ils sont également courageux et bouillants d'envie de tuer. Comment se servir d’une telle main-d’œuvre ? Pas selon le schéma Al Quaïda classique, où l’on en envoie un ou deux à la fois faire la liaison avec les Islamistes locaux et préparer l’attentat traditionnel où cinq bombes explosent simultanément. Ils n’ont pas le savoir-faire. Ils se feraient repérer aussitôt.
Mais il y en a des tonnes. On ne peut les introduire à Londres ou à Manhattan, mais il existe une cible facile beaucoup plus proche du Pakistan où traînent un tas d’Anglais et d’Américains. Mieux encore, il s’agit d’un centre financier pour l’Inde, l’ennemi détesté du Pakistan, ce qui range l’ISI dans votre camp parce que rien ne fait fulminer les cercles dirigeants des services spéciaux pakistanais comme de voir l’Inde s’enrichir et accroître sa popularité, tandis que le Pakistan s’enfonce dans un chaos épouvantable.

MARQUÉS POUR L'ABATTOIR

Quand je dis que l’ISI est du côté des assaillants, je ne suis pas en train de dire que tous les chefs de l’ISI ont approuvé ce plan officiellement. Rien n’est simple au Pakistan, tout est obscur, et en coulisses, même l’atmosphère est pleine de recoins sombres. C’est plutôt comme ça que ça c’est passé : un chef de l’ISI en a entendu parler, a donné une approbation officieuse d’un hochement de tête et a refilé le bébé à un crétin quelconque marqué pour l’abattoir, qu’on peut pendre ou refiler aux « alliés » occidentaux quand tout sera fini : le traître qui a collaboré avec ces militants diaboliques.
Cet officiel de bas étage s’assure que le bateau plein de produits de madrassas abrutis et assoiffés de sang ne se fasse pas arrêter à la douane, Il descend la Côte Ouest de l’Inde jusqu’à la péninsule où se concentrent toutes les cibles de valeur à Bombay. Et si vous regardez une carte de Bombay (vous n’aurez pas de peine à vous en procurer une, ces prochains jours) vous verrez à quel point il est facile d’y aborder en pleine nuit sur de petits canots à moteur venus d’un navire au large.
C’est un plan valide, tout simplement parce qu’il se sert au mieux les produit islamistes locaux. Ces types-là ne sont pas assez passe-partouts pour franchir le contrôle de sécurité d’un hôtel ou pour poser une bombe, mais ça n’était pas un souci : ils sont passé par la grande porte en lâchant des rafales d’armes automatiques.
C’est pour ça qu’il est ridicule de dire que la sécurité était assurée et efficace dans les hôtels. Son but est d’empêcher les attaques sournoises, les poseurs de bombes. Pour stopper les sections-suicide qui s’en sont pris aux hôtels, il faut une compagnie d’infanterie au grand complet.
On assiste donc à un tableau qu’un économiste comprend mieux qu’un analyste militaire. Je répugne à avoir l’air aussi cynique, mais les Islamistes pakistanais étaient en possession d’un excès de main-d’œuvre non qualifiée, et ils ont pensé à une façon d’en extraire la rentabilité maximum en termes de destruction et de bain de sang.

NOTE DE LA RÉDACTION : Gary Brecher, plus connu sous le pseudo de « The War Nerd », (le fou de guerre), est un personnage mythique de la rédaction d’eXile. Habitant de Fresno, obèse et accro au Coca light, il connaît tous les conflits par cœur depuis la Guerre du Feu. Passionné par son sujet, il est perpétuellement à la recherche de nouvelles informations ; fin analyste, il avait prévu la victoire du Hezbollah, avant la guerre de 2006. Ses chroniques à feu et à sang (De Stalingrad aux Tigres Tamoul) sont rassemblées dans un volume en anglais, intitulé The War Nerd disponible au lien ci dessus. Lecture recommandée aux amateurs de stratégie militaire et d’humour macabre.


mardi 25 novembre 2008

Déflation radicale

(Encore une victime de Wall Street, trader tombé dans la débine, qui fume pour oublier, au local du WHITE SPIRIT FLASH CLUB !)


—En exclu, de notre correspondant reporter de l'International Junkie Tribune, Kriss Vilà, 

auteur de SANG FUTUR, (DTV 1977, Moisson Rouge, 2008) ROMAN PUNK disponible au:

http://www.amazon.fr/Sang-Futur-Kriss-Vilà/dp/291433776



LOL
Dickkie’s routine
(traduit du ricane par El Coco Kif assisté de la très androgyne Sara)

Coco Kid est sur le canapé avec Sara en mode lover. Momort le White est effondré dans un coin, il s’en est sniffé un litre. Dickkie arrive et renverse un sac G20 sur la table. Bruit composite mou et métallique des billets et des pièces. Il pousse les deux autres, se pose et commence à tirer un rail, regard façon groupe terroriste d’ultragauche.
— Putain kid j’ai TROP les nerfs.
— Y’a quoi Dickkie : plus de monnaie pour payer ta dope ? lol !
— Attends, tu vas pas te mettre à dire lol à tous les coins de phrases.
— Euh… Xcuse-moi ça m’a échappé… lol, mdr.
— Putain, t’es grave kid. On te parle de trucs sérieux et tu fais ton tintin.
— Bon, vas-y, enchaîne : c’est quoi ton problème ?
— Y’a que tout à l’heure, j’ai besoin de fraîche, j’vais à la banque, j’arrive devant la caissière, j’y plante mon pushka dans la bouche, j’y demande l’oseille et là, mec, elle se met à chialer.
— Ben… Fa t’apprendra à faire pfeur aux pfauv’zempfloyées de bfanque !
— Arrête tes conneries Sara, suce et tais-toi. Donc, elle se met à pleurer sa mère et à faire mmm mmm, j’y enlève le gun du bec et tu sais ce qu’elle me dit ?
— A dit quoi ?
— Vous êtes le troisième depuis ce matin, a dit... Mais c’est pas la peine… je suis obligée de vous répondre comme aux deux autres : y’a plus rien à braquer, les caisses sont vides.
— Le banquier est passé avant toi ?
— Même pas mec : l’argent n’existe plus. Il s’est volatilisé, t’as compris ?
— Mec, je sais pas à quoi tu carbures, mais j’ai une faiblesse, là : l’argent n’existe plus, on a GAGNÉ ?
— Nan man, sors de ta vape c’est la GRoSSe crise on te dit.
— Mmm mmm, mmm mmm ’ien !
— A dit quoi encore l’anale philosophique ?
— Elle dit que l’argent est comme la came : le soir y’en a un gros tas, le lendemain y’a plus rien.
— Bon vas-y au G20 ils en avaient encore un peu. J’leur ai fait vider les caisses fissa, j’ai tout pris même les fonds de caisse et je m’suis tiré.
Momort entrouvre un œil couleur glauque.
— Wef Dickk là t’en fais quoi d’la caillasse ? Tu vas la fixer ton oseille ? Rhmf ! hmf hmf !
— Ça te fait marrer le tordu ? Nan, mec, c’t oseille, je l’ai pris pour voir si c’est vrai. J’ai touché un speed ukrainien et je vais guetter ce tas de fric toute la nuit et voir si c’est vrai et si il s’évapore vraiment, le putain de dieu de blé !

© Kriss Vilà
   

dimanche 23 novembre 2008

Essenine et lui-même


UN GÉNIE ?

Tard dans l’automne de 1921. Nous étions de nouveau tous les deux dans la grande chambre à Bogolovski. On a écarté la table du divan —Sergueï était enrhumé — au fond de la pièce, à l’écart de la fenêtre. On buvait du thé froid, assis à la table.
Je ne me souviens plus aujourd’hui de ce que je sous-entendais par la question :
—Vous vous considérez comme un génie ?
Sergueï Essenine a réfléchi à sa réponse. J’en ai conclu intérieurement : s’il ne se met pas le nier aussitôt, ça signifie que oui.
—Où est-ce que vous voulez en venir ? Vous me prenez pour un idiot fini ? Un génie ? Seule l’Histoire le dira.
Mais au fond il confirmait mes paroles muettes : il s’acclimatait à l’idée de son génie.
Il ne m’appartient pas de déterminer ce que fut le verdict de l’Histoire.

(Nadiejda Volpine, Rendez-vous avec un ami, mémoires, 
extrait traduit du russe par TM)

lundi 17 novembre 2008

Usure


SONG OF THE VALLEY


I roamed the world for love and glory
Full-time ambassador of mirth
I never thought that I`d be sorry
To squander most of my true worth

The sun beats down on the valley
The waves crash on the shore
I was a soldier of the alley
I cannot fight there anymore

So now I just wait for the hour
Lips parted like a kiss
I just assume there is a power
Who can deliver me from this

The sun beats down on the valley
The waves crash on the shore
I was a soldier of the alley
I cannot fight there anymore

They say that love is like a flower
That bows so graceful to the light
But I`ve seen most true love go sour
Then blossom in the dead of night

I can`t be certain of the hour
Or who will bear that final kiss
I must assume there is a power
Who can deliver me from this

The sun beats down on the valley
The waves crash on the shore
I was a soldier of the alley
I cannot fight there anymore

To roam the world for love and glory
To roam the world at all
Who would have thought that I`d be sorry
To squander it all

The sun beats down on the valley
The waves push up against the shore
I was a soldier on the alley
I cannot fight there anymore

© John Cale

Noel, ça sent le sapin.



Vers quoi cette vie me mène-t-elle
Comme tous vers la fin, mais unique est la fin
Je vois,  l'inconnu lâche ma dépouille mortelle
Sans douceur au fond d’une valise en sapin.

К чему эта жизнь меня приведет
Как всех к концу, а конец один
Я вижу как грубо мой труп кладет
В большой чемодан чужой господин

Edward Limonov, Mon héros Négatif, Poésies 1976-1982, New York-Paris, éditions Glagol 1995, Moscou.
(extrait traduit du russe par TM)

jeudi 13 novembre 2008

La Défense Essenine


DISSONANCE

Sergueï Essenine s’absorbait avec attention dans n’importe quelle innovation technique, et même s’il ne l’approuvait pas, il s’offusquait quand même de ne pas en être l’inventeur. Je me souviens avoir écrit un jour un petit poème fondé sur les dissonances. Essenine me montra méchamment deux strophes que je « lui avais piquées », disait-il, mais il parla à Koucikov d’une façon décisive :
—Vas-y, gredin, casse-toi la tête ! Nous sommes passés des rimes aux assonances, mais lui, directement aux dissonances ! Il est malin ce Vadim ! Il perd pas de temps !
Et aussitôt, raffermissant encore sa position, il ajouta :
—Sans moi, il vous aurait avalé tout cru, toi et Tolia !
Un autre jour, il débarqua chez moi et me demanda amicalement, où on pouvait encore chercher des dissonances, quel était le principe de leur utilisation, et la raison pour laquelle on en avait besoin. Ensuite, il me montra ses expériences avec les dissonances, mais il ne parvenait pas à les faire danser, parce qu’elles étaient organiquement étrangères à sa création.
Tout de suite après la lecture de ses vers, Sergueï les jeta dans un coin et dit :
—Tout ça ne vaut pas un clou. Le plus important, c’est la présence de l’âme.
Il préférait le tempérament poétique, la « voix » comme il l’appelait, et me rabrouait souvent :
—Tu es un pisse-froid. Tout ça vient de Maïakovski ! Rien de bon ne peut venir de Maïakovski !

Vadim Cherchenevitch,
Témoin splendide, mémoires, extrait traduit du russe par TM

mardi 11 novembre 2008

Plus t'en chies, plus ils empochent



Kriss Vilà, le barde punk de ChroniquesMarignac, continue son rock & sang !

ACHETEZ SANG FUTUR  AU :

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THE GREAT LIBERAL SWINDLE PART TWO

(Dickkie ricane. En l’absence d’El Coco Kid — parti, dans la plus pure tradition du film « Un ciel tout rempli de diamants », fumer un éditeur qui a deux mois de retard sur un paiement — c’est Momort le White qui traduit : accrochez-vous…)

Les obligations pourries, mec, c’est comme le nuage de Tchernobyl : c’est pas resté à dormir gentiment dans les coffiots des banques ; ça a déjà fait plusieurs fois le tour de la Terre. Ça se balade à présent un peu partout dans le monde, ça pollue notamment les comptabilités publiques et privées. Et j’te parle pas des fonds de pension… T’savais que ça existait, en France, avant les années 30, les fonds de pension ? Ils n’ont pas résisté à la crise de 29 : c’est pas pour rien, mec, que les politiques ont inventé la retraite par répartition.
Mec, regarde ton pote El Coco Kid : dans un monde où les boîtes, jusqu’aux plus petites, doivent faire tourner leur trésorerie et n’ont pas d’autre solution que d’acheter des produits financiers, la matière toxique disséminée dans les portefeuilles a commencé depuis plusieurs mois à infecter l’économie réelle. Et le fléau, il va faire comme les pestes de l’ancien temps : il va tuer principalement les jeunes pousses, les entreprises nouvelles ou innovantes, les plus dynamiques. Pour leur part, les golden boys vieux de la vieille, ceux des années 90, ils se souviennent de la crise asiatique : la première « bulle » de la grande estampe. Là, ils ont bien vu que la bulle immobilière allait exploser et ont pris soin d’éliminer le plus possible les produits à risque. Mais le risque zéro n’existe pas… La matière contaminée est partout… Ah… Ah.. Atchoum ! Ceux-là vont morfler quand même. Ils ne bénéficient pas des mêmes atouts que les transnationales, qui vont tirer profit de la crise en prétextant une baisse de leur chiffre d’affaires et en réduisant une fois de plus leur coût de main d’œuvre humaine. Pour eux, la crise financière offre de nouveaux débouchés… financiers ! Ils sont les maîtres de l’échiquier mondial et ont plein de coups d’avance sur tous leurs opposants.
Les conoïdes qui croient que le système est en train de prendre l’eau, ceux-là, mec, ils ne vivent même pas dans le temps réel : ils ne se rendent pas compte que leurs analyses ont vingt-cinq métros de retard.

© Kriss Vilà, novembre 2008

Soirs de Paris, ivres du gin

                                    (Essenine sur son lit de mort)

À PARIS

Le printemps, la pluie, la boue.
Depuis le matin sur le pied de guerre. Essenine et Sakharov s’apprêtent à partir « en vitesse » à Moscou.
Vers quatre heures, on échoue dans un restaurant sur Mikhaïlovski. Il n’y a pas moins d’une quinzaine de représentants de la littérature russe.
On s’imbibe un peu. Essenine crie en secouant la tête :
—De quoi tu me parles ? Pilniak ! Je suis un auteur plus célèbre que Pilniak ! Merde à Moscou ! Allons à Paris !
Tout le monde approuve. Paris, c’est en effet mieux que Moscou.
—Parfait ! À présent je vais vous lire des vers !
Il lit sa poésie longtemps, et bien.
À la fin, Sakharov l’interrompt :
—Abrège, Sergueï ! Il faut aller à la gare !
—Merde à la gare ! Je veux pas aller à la gare ! Je veux aller à Paris !
On le modère et on passe un bon moment à lui expliquer. Pour aller à Paris, il faut emprunter les chemins de fer. Finalement, il cède.
—Bon, très bien ! Allons-y ! Mais on va à Paris ! Attention, Sacha !
On arrive à la gare à l’instant où le train s'ébranle. Sakaharov et Essenine sautent dans un wagon en marche et s’en vont.

Wolf Erlich, Le droit de chanter
extrait traduit du russe par TM.

dimanche 9 novembre 2008

Universellement hâtif



« Depuis Stendhal jusqu’aux crétins colibrisants de certains textes à la mode, le roman français n’a jamais été qu’un roman de classe, roman d’une classe, de la naissance et du déclin lent de la bourgeoisie. Elle se ruait sur le vide, prenant la fin d’un monde, pour la fin du monde et de son roman.
Maison jaune aura été la dernière station où je m’endormis sur mes enfances que j’aurai vécues en rêvant, aventurier des chambres vides. Je me réveillais, servi par le hasard, au Camp du Drap d’Or de l’histoire, ouvert à tous — le monde d’après la fin de la bourgeoisie et de ses classes. Vieille société. Le monde qui vient, universellement hâtif, c’est encore nous, rêvant de nos maisons, de nos destins à mesure qu’ils s’écroulent, déjà sur le passage de la ligne du monde nouveau, la vie errante. Il était écrit : rue Barbet de Jouy. Et alors ? Quelle importance ! Pourquoi vous donneriez-vous la peine d’entrer, même si toute l’histoire est là, tout le secret, que la vie est toujours toute la splendeur. »

Dominique de Roux, avant-propos à Maison jaune, 1975

War Nerd Interview

En quasi exclu pour Chroniques Marignac l'interview de The War Nerd,  alias Gary Brecher (EXILEDONLINE, VOIR CI-DESSOUS) sur une radio du Wisconsin:

"… WAR IS NEVER GONNA GO OUT OF STYLE".

"…WAR CAN BE A GOOD THING, BUT NOT FOR EVERYBODY. IT'S BAD IF YOU'RE A WOMAN OR A CHILD, IT'S GREAT IF YOU'RE A 15 YEAR OLD TEEN-AGE BOY HIGH ON BOILING HORMONES".

"HOST: I GET THE FEELING YOU DON'T REALLY LIKE TOM CLANCY…
WAR NERD : I HATE TOM CLANCY.
HOST : WHY ?
WAR NERD: CUZ HE'S A FAT LOSER WHO'S MADE IT, AND I'M A FAT LOSER WHO'S GOING NOWHERE FAST…"

"…I WOULDA BEEN A VERY BAD SOLDIER. I CAN PICTURE MYSELF STEPPING ON A MINE, IN NAM', AND EVERYONE ELSE LAUGHING AT ME AND PLAYING THEIR JIMI HENDRIX TAPES AS MY GUTS ARE SPREAD AROUND IN THE RICE FIELD…"

 The War Nerd alias Gary Brecher, est un obèse suant accro au coca light, qui connait tous les conflits par cœur depuis l'invention du casse-tête à mammouths. Il chronique tout de la guérilla aux grandes batailles conventionnelles, des escarmouches aux boucheries massives, pour lesquelles il a un goût prononcé, comme le signalait son article daté du mois d'août: "Ossétie, la guerre de mes rêves", où il s'enchantait d'assister à ce spectacle démodé: deux armées régulières aux prises l'une avec l'autre.


mercredi 5 novembre 2008

Nat King Cole ou Charlston Heston, les politiciens sont TOUS des chiens



"I'M SO BOOORED WITH THE U ! S !! A !!!

WHAT CAN I DOOO ???"

THE CLASH, 1979

lundi 3 novembre 2008

À nos trousses





LES CHIENS
© JÉRÔME LEROY, NOVEMBRE 2008


Nous aurons les chiens
Pas comme dans un roman de Simak quand ils racontent entre eux l’histoire des
hommes disparus
Nous aurons les chiens dans les ruines
Nous aurons les chiens dans les rues vides
Nous aurons les chiens dans les jardins vides
Nous aurons les chiens dans les avenues vides
Nous aurons les chiens dans les ministères vides
Pissant sur les derniers décrets
Nous aurons les chiens aux yeux fous
A peine plus fous en fait que ceux des esclaves défunts
Du monde spectaculaire marchand effondré
Les chiens psychotiques les chiens paranoïaques les chiens schizophrènes
Les chiens narcissiques les chiens hébéphrènes les chiens boulimiques
Les chiens hystériques les chiens borderline les chiens bipolaires
Nous aurons les chiens pour mordre les jeunes filles
Pour les défigurer les laisser hébétées le sang coulant
Sur les pages crasseuses d’un magazine féminin
Trouvé dans une chambre qui n’aura plus de plafond
Essayez le triolisme la fellation la cuisine allégée
Perdez cinq kilos avant l’été
Elles continueront à le feuilleter mécaniquement
Dans les aboiements sans métaphore
Elle n’auront plus leurs nez refaits pour la cocaïne et la vanité
Elles n’auront plus de nez du tout
Ni d’oreilles ni de seins
Tout ça bouffé par les chiens
Nous aurons les chiens autour des derniers feux de camp
Nous aurons les chiens

JL

dimanche 2 novembre 2008

ESSENINE AU RÉGIME SEC


BREUVAGE DES DIEUX

Cette fois-là j’avais quand même décidé de ramener Essenine dans mon débarras en pierres de taille. On ne peut refuser l’hospitalité à un sans domicile. Je n’avais pas non plus oublié les paroles de Grouzinov : « Ça ne se passe pas bien entre lui et Galia ».
—Qu’est-ce c’est que ça ? Où est-ce qu’on vous a exilée ? Quel trou, quel bordel !
J’explique : on n’avait pas le choix pendant que les travaux de réparation étaient en cours, les gens s’entassaient par trois ou quatre dans les chambres. Si je voulais être seule — j’échouais ici.
Dehors, c’était l’hiver. Dans mon débarras aussi. J’ai allumé le poêle en un clin d’œil — fabriqué de bric et de broc avec des briques, et recouvert de plaques de fonte. Il a tout de suite fait chaud. La théière s’est mise à bouillir. Mais Sergueï refusa le thé, demanda de l’eau. Nouveau problème : il n’y avait que de la glace dans la cruche qui traînait dans un coin du débarras. Au bout d’une minute, quand ça s’est réchauffé, je lui sers un verre d’eau. Sergueï avale avec avidité cette eau à peine décongelée. Et se met à me raconter une parabole orientale : sur un rupin, jouissant de toutes les richesses de ce monde.
—… Et un jour on lui donna quelque chose de nouveau pour étancher sa soif.
« Je n’ai de ma vie goûté meilleur breuvage, dit-il, lui, grand connaisseur de tous les vins de la planète. Quel nectar ! Comment ça s’appelle ?
—… De l’eau, lui répondit-on.


(Rendez-vous avec un ami, Nadiejda Volpine, mémoires, extrait traduit du russe par TM)

GÉOPOLITIQUE SOMALIENNE II


JACK-AL-SPARROW CONTRE LES BONS SAMARITAINS

Par Gary Brecher
(Traduit de l’anglais par TM)
Original au :

http:/exiledonline.com /war-nerd-update-jack-al-sparrow-vs-the-do-gooders/#more-1570


LES PIRATES LES PLUS CLASSE DE LA PLANÈTE
On va me laisser le temps d’écrire ces articles, oui ? Le jour suivant la parution de celui sur les ennuis des Éthiopiens en Somalie, 5 bombes explosent dans deux villes Somalies, ciblant le consulat éthiopien à Hargeisa, le palais présidentiel (dans l’état où il est), un siège de l’ONU, et le service de renseignements du Puntland.
Première fois que j’entends parler du service secret du Puntland, au passage. Le Puntland est la pointe de la corne en Somalie là où elle s’enfonce dans l’Océan Indien et s’allonge vers l’ouest en direction de Djibouti. Le Puntland a pas mal défrayé la chronique parce que c’est la plage native des pirates les plus classe de toute la planète. Peut-être que le service secret gênait la bonne marche des affaires locales. J’aurais eu tendance à penser que leur principal boulot était d’identifier des navires prometteurs, faire des repérages, quoi, et passer l’info aux Long John Silver locaux en échange d’une part du butin. Eh bien, s’il y avait des pourfendeurs du crime au Puntland, c’est plus que de la viande hachée, maintenant. Ça apprendra aux Bons Samaritains à faire les zouaves dans la Corne de l’Afrique.

JUSTICE POÉTIQUE
Il faut que je m’arrête une seconde, pour rendre justice à ces superbes pirates somalis. Ces derniers tout le monde PARLE de la piraterie sans rien faire. Sauf les Somalis. Tous les mômes bruyants et gâtés-pourris ont envie d’être Jack Sparrow, je les entends casser les pieds à leurs mères pendant que j’essaie de déjeuner tant bien que mal au Wendy’s. Mais les petits Somalis ne pleurnichent pas pour que leurs parents leur achètent des jouets hors de prix. Non, ils montent en bateau et ils s’emparent de ce qu’ils veulent en abordant les cargos qui tentent de dépasser le plus vite possible la côte du Puntland.
Bon Dieu, ça doit être un des trucs les plus effrayant au monde, un bateau rapide plein de squelettiques Somalis armés jusqu’aux dents en train d’aborder. Les équipages viennent pour la plupart d’endroits laborieux en Asie du Sud-Est, Tamil ou Bengali, ils ont pas signé pour tenir la dragée haute aux pirates du Puntland.
Une fois de temps en temps on obtient un peu plus de justice poétique, comme la fois où le yacht de Français pleins aux as a été abordé et qu’ils ont pris l’équipage en otage. Malheureusement, ces buveurs de champagne ont été secourus.

FEMMES, ARGENT, DROGUE
Vous pouvez parier qu’une certaine somme d’argent a changé de mains, aussi. Les compagnies de cargo n’aiment pas parler de rançon, mais elles crachent au bassinet quand il faut. Alors il y a un tas de Somalis pour exhiber leur joncaille et gonfler le moteur des bateaux rapides le long de la côte du Puntland, yo ho ho, et du pognon plein les amphores. J’ai lu un de ces articles navrants l’autre jour, avec le gros titre « Q’esut-ce qui pousse les Somalis à la piraterie ? » . Une des questions les plus bêtes qu’il nous ait été donné d’entendre, et même le sous-titre suffisait à y répondre : « Les femmes, l’argent, la drogue ». Satisfaits ? Sans évoquer le fait, dont j’ai déjà parlé, que les Somalis sont nés avec la razzia et le pillage dans le sang, depuis une éternité. Ça leur plaît. Même votre petit neveu obèse fou de jeux vidéo aime cette idée, il a  simplement pas le cran pour passer à l'acte. Qu’est-ce qu’il fait là-haut sur sa console ? À part tirer sur les gens et leur piquer ce qu’ils ont ? Les Somalis se contentent de sortir la barque et de le faire de sang-froid.

ÉTOFFER SON CV
Bref, le Puntland est le sale gosse de la Somalie en miettes qu’on a à présent. Le Nord Ouest c’est la Somalie bon fils à sa mère, où vivent les gentils Somalis. Hargeisa, où la plupart des bombes ont explosé est la capitale de la Somalie bien-pensante. Ce qui s’est passé là-haut, c’est simplement la façon ancienne, traditionnelle des Somalis de refuser les innovations occidentales. Il faut le considérer comme un plébiscite de la tradition : La bonne vieille tradition de dépouiller son monde avant de lui couper la gorge. Vous voyez, c’est ce à quoi s’entraîne votre petit chéri sur sa X-Box.
Les auteurs n'étaient probablement pas pirates, parce qu'on entre en piraterie pour faire carrière, et aucun orientateur de ce côté-ci de la Tchétchénie n'a encore jamais réussi à présenter l'attentat-suicide comme une «façon d'étoffer son CV» aux jeunes pleins d'ambition.
Les terroristes étaient probablement Islamistes, parce que le groupie islamique candidat au martyre croit sérieusement qu'être vaporisé dans une poubelle pleine de fertilisant est la meilleure manière d'accéder à la fortune, via le Paradis. Ces attentats étaient probablement liés d'une manière ou d'une aux Cours Islamiques qui gouvernaient la Somalie avant que les Éthiopiens (avec l'aide de Cheney) ne les chassent de Mogadiscio.


Obèse, accro au coca light, habitant Fresno, USA, et détestant la chaleur d'étuve qui y rêgne, The War Nerd (le fou de guerre) alias Gary Brecher, connait tous les conflits par cœur depuis la guerre du feu, c'est le plus mythique des rédacteurs d'eXile. Fin analyste, Il avait prévu le bourbier irakien en 2003, la victoire du Hezbollah en 2006, et bien d'autres faits d'armes !